Photo de famille.

Vous savez ce que c’est, lorsque l’on déménage, il y a des choses qu’on jette et d’autres qu’on emporte mais qui restent parfois un long moment dans les cartons.
Et puis,  il y a ce à quoi on tient, plus qu’au reste, pour des raisons souvent sentimentales et qu’on sort en premier, pour, si ce sont des photos, les poser de suite bien en vue, au salon.
C’est pourquoi j’ai eu envie de reprendre un de mes plus anciens billets, qui n’a sans doute pas d’intérêt particulier mais auquel je tiens beaucoup car je l’ai écrit en souvenir de mes grands parents maternels, que j’ai tant aimés.

J’accroche donc ici, ma photo de famille :  » mes premiers gauchistes » à peine dépoussiéré.

Mes premiers gauchistes, je les ai connus très très tôt.
Il y avait maman, et aussi papa et tatie.
Ils  étaient très intelligents parce qu’ils étaient profs.
Il y avait aussi pépé et mémé.
Pépé et mémé n’étaient pas du tout des gauchistes.
Mémé ne donnait pas son avis en politique et aimait les statues de la sainte vierge.
Pépé était un « vieux réac » et il disait même que les cocos étaient des salopards (il disait qu’il les connaissait à l’usine) et aussi que Mit’rrand était une  « planche pourrie », c’était toujours l’expression qui revenait dans la bouche de pépé.

Pépé ne développait pas ses arguments. On voyait qu’il ne savait pas trop comment discuter avec ses filles et son gendre qui avaient fait de longues études alors que lui était un simple ouvrier. Alors il marmonnait dans son coin, poussait de légers soupirs.
« Les cocos j’les connais, ce sont des vrais salopards » répétait-il sans que personne ne semble écouter.

Maman, papa et tatie, eux m’expliquaient le monde.
Ils me racontaient que les gens de droite étaient des gens très très méchants.
Il y avait dans le monde, plein de dictateurs très vilains qui n’aimaient pas les pauvres (et aussi les profs) et, même en France, il y avait des gens qui aimaient un général  ou un homme appelé  Pompidou et  ça montrait qu’ils n’étaient pas du tout du coté des gentils.
Les gens gentils se reconnaissaient au fait qu’ils disaient «  je voterai Mitterand ! » en parlant d’une voix forte  ou bien qu’ils allaient a des réunions du péssé ou  aussi qu’ils aimaient bien un chinois rigolo.

C’était plutôt simple pour moi quand j’étais petite.

Juste un jour je me rappelle m’être demandée pourquoi ils disaient qu’on reconnaissait les méchants au fait qu’ils étaient de droite alors qu’ils trouvaient en même temps que pépé était un gentil.
J’ai posé la question un jour à tatie.
« Mais dis, tatie, pépé lui il est de DROITE et pourtant on sait bien que c’est un GENTIL, alors comment c’est possible ? »
«  Mais ma chérie, ça n’est pas pareil parce que tu comprends, ton pépé lui il est né à la campagne dans un endroit reculé alors il pense comme les gens qui ont été élevés comme lui, c’est pour ça. Alors il est de droite MAIS il ne fait pas partie des méchants »

J’ai bien senti, sur le moment,  que quelque chose n’allait pas mais je n’ai pas su quoi dire.
Ce n’est qu’un peu plus  tard que j’ai regretté de n’avoir pas dit à tatie que peut-être si les autres  méchants de droite  avaient aussi des tas de raisons de penser comme ils pensaient ou des tas d’excuses alors, peut être, qu’ ils  étaient eux aussi des gentils comme pépé , alors comment le savoir ?
Et c’est  encore bien, bien  plus tard, que j’ai réalisé que  c’était tout simplement la façon dont papa, maman et tatie  et tous leurs amis séparaient  les bons des méchants qui posait problème.

Et je ne pensais pas qu’un jour ce serait un si gros problème.

Maintenant on peut dire que je  suis de droite.
Il serait sacrément content mon pépé.

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24 commentaires on “Photo de famille.”

  1. jacquesetienne dit :

    Amusant et… émouvant !

    • dxdiag2 dit :

      Merci Jacques. La première fois que je l’ai mis en ligne c’était plutôt simplement pour rire, et puis, c’est vrai que depuis ces deux ans de blogs, je repense souvent à mon grand père qui avait ce qu’on appelle le « bon sens paysan » et de l’expérience pratique de la vie.
      J’ai bien des regrets de n’avoir pas discuté avec lui plus que je ne l’ai fait, considérant longtemps, comme ses propres enfants, que sur ses sujets là, il n’y connaissait rien.

  2. G.Mevennais dit :

    Bonjour Dixie
    D’une manière originale vous soulevez l’énorme problème de l’influence parentale, pour vous, un environnement de gauche, pour moi il était « catholique ». Nous nous en sommes sortis car , adultes, notre réflexion a été plus forte que l’inhibition créée par notre éducation. Je me rappelle toujours la réflexion de ma mère « Je ne l’ai pourtant pas élevé comme ça »!!! Hélas, quand on observe notre société, sans dire que nous sommes des « cas », nous sommes largement minoritaires. Ce problème dépasse même le cadre familial, il en devient jusqu’à « régional ».C’est ainsi que des contrées entières votent d’une manière spécifique, parce que c’est la culture du coin, la tradition, « la famille a toujours fait comme ça » etc… C’est triste, une pierre de plus à ajouter au pessimisme…
    Bien amicalement. Gilles

    • dxdiag2 dit :

      Bien des éducations sont de véritables conditionnements.
      Un des pires exemples me semble être l’éducation musulmane, car si on peut renier ses parents sur le plan politique, sur le plan religieux ( surtout quand la religion est terrible) ça semble une tâche autrement difficile.

  3. Majeur dit :

    Mes enfants commencent à me regarder avec, sans doute, la même affection que votre famille manifestait à votre pépé.

    Dans cet ancien billet tout est déjà bien en place, la graine est plantée. Rien de surprenant à ce que vous ayez si bien mal tournée.

    • dxdiag2 dit :

      Ne vous inquiétez pas trop Majeur : la « botte souveraine de la réalité » vous donnera raison de votre vivant (contrairement à ce qui est arrivé à mon grand père)
      Pour la « mauvaise graine », c’est très vrai : j’avais la manie des questions, et puis cette génération des gauchistes trentenaires de 68 avait trop d’occupations « révolutionnaires » pour s’occuper des enfants…qu’on confiait donc à l’influence des « vieux », fussent-ils de vieux « réacs ».

  4. carine005 dit :

    Superbe billet, qui me touche beaucoup !
    Pareil avec mon grand-père !
    Ce que j’ai pu me disputer avec lui sur le sujet politique !
    Je lui écrivais même des lettres pendant la semaine, pour le prier de m’excuser si j’étais allée trop loin dans la violence et l’impertinence dans nos discussions du week-end.
    Nous n’étions d’accord sur rien, mais je le respectais et je l’aimais.
    Je m’emportais, finissais pas dire des mots qui dépassaient ma pensée et j’étais torturée ensuite par le remords. Et ma grand-mère, petite mamie très douce, souffrait de nos discussions-disputes…
    Le prétexte-alibi que je m’étais trouvé: si je ne le respectais pas, je ne discuterais plus avec lui.
    Donc, à chaque fois, on recommençait.
    Et je m’excusais et il pardonnait. Et on remettait ça.
    Je sais aujourd’hui qu’il avait raison SUR TOUS LES POINTS.
    Mais il n’est plus là pour m’entendre le lui dire.
    J’espère qu’il sait quand même que je le sais…et je suis certaine qu’il en est très heureux.

    • dxdiag2 dit :

      Merci Carine.
      Je suis certaine que ton grand père a bien compris que si tu tenais tant à le convaincre, c’était justement parce tu l’aimais.
      Avec le mien je n’ai jamais beaucoup discuté de ces sujets. Il semblait admis dans la famille que son anticommunisme était une sorte de maladie, de handicap plutôt, qu’on ne remarquait plus, au même titre que les doigts qui lui manquaient suite à un accident du travail.
      Du coup j’avais reporté ma manie des discussions sur ma grand mère que j’ai essayé plusieurs été de suite, lorsque j’avais dans les 10 ou 12 ans, de convaincre de l’inexistence de Dieu. Mes arguments n’avaient aucun poids et elle répondait  » tout ça c’est très bien ma ptite fille mais moi j’y crois au bon dieu et je sais qu’il est là et pis c’est tout ! ».
      J’ai fini par renoncer (en rageant intérieurement du fait que si j’avais raison, elle ne le saurait jamais alors qu’à l’inverse……)

  5. Majeur dit :

    J’aime beaucoup cette discussion Dixie.

  6. G.Mevennais dit :

    Mais c’est qu’elles vont me faire « chialer » les filles. C’est énervant, on est des « mecs » solides et
    tout, et puis, quand on gratte un peu le vernis de protection, on s’aperçoit qu’on est normalement sensible et sentimental et….. n’est-ce-pas mieux ainsi.?
    Amitiés. Gilles

    • dxdiag2 dit :

      Je crois quand même qu’il va falloir que je me dépêche de trouver un truc un peu drôle pour rire des muz ou des gauchisasses afin que l’on retrouve le goût de la rigolade …comme lorsque j’étais en panne avec mes coms, par exemple.
      En attendant, on peut regarder en bas à droite une photo dont je suis très fière : j’ai réussi, bien mieux que sur l’autre blog, à mettre en ligne mes affiches de la « journée mondiale contre la musulmanose« .
      Finalement j’ai remis le barbu si moche…tant pis pour l’esthétique du blog !

  7. So dit :

    Bonjour Dixie,
    Je suis depuis peu votre blog mais toujours avec délectation. Ce billet est à mon sens le meilleur de tous les meilleurs.
    Mais est-ce l’influence parentale qui vous fait dire : « … avaient aussi … des tas d’excuses » ? Avons-nous besoin d’excuses quand nous avons « des tas de raisons » pour penser comme nous pensons ? Beaucoup trop de gens dits de droite se positionnent d’emblée en situation de dominés, volontairement ou inconsciemment, pour que nous assistions un jour au retour du « bon sens paysan ».
    S’il vous plaît, continuez à nous régaler souvent et longtemps de vos billets.
    Bien à vous.

    • dxdiag2 dit :

      Merci So, ça me fait bien plaisir.
      Je n’en suis plus du tout à m’excuser d’être réac, bien au contraire.
      J’ai commencé, enfant, à me dire que si mon grand père avait des « excuses », les autres en avaient peut-être tout autant….bien avant de retourner complètement ma veste de gauchiste (finalement modérée 😉 ).

  8. carine005 dit :

    Au fait, Dixie !
    Toi aussi, tu es victime d’une fugue estivale d’éléments qui se croient indispensables ?
    Mézoudonk est passé ton Accueil ?
    Si tu veux le récupérer dare dare par le colback, je peux te dire en mail comment faire revenir les onglets voyageurs. La promesse d’une mousse au chocolat est inopérante.
    Dis-moi seulement ici si tu souhaites qu’il revienne ou si c’est « bon débarras ! »

    • dxdiag2 dit :

      J’ai quitté complètement le net pendant plus de deux heures, suite à une panne généralisée dans la région (chose que j’ai apprise après avoir passé trois quart d’ heures avec le service après vente de ma box, qui a été délocalisé à Barbes ou au Maghreb- je n’ai pas pu savoir-et qui attend que l’on ait fait toutes absolument toutes le manœuvres possibles et envisageables avant de FINIR par vérifier qu’il n’y a pas un problème sur le réseau grrrr) et quand je reviens je n’ai plus d’ACCUEIL !
      Et ça, pour mon Anniversaire de deux ans de BLOG !
      C’est mauvais signe tout ça, mauvais signe, je vous le dis.

      ps: Carine, oui je le reveux bien mon « accueil », même si j’ignore à quoi il sert exactement vu qu’on est sur la page d’accueil.

  9. Voglio dit :

    « C’est pourquoi j’ai eu envie de reprendre un de mes plus anciens billets »

    -Bravo, Dixie! Je suis aussi soucieux que vous de faire partager vos vieux billets géniaux, alors en reprendre certains, c’est mâcher adroitement le boulot aux flemmasses qui n’iraient pas fouiller dans l’ancien blog!

    Et à propos, votre famille, c’est la mienne tout craché!
    :-))

    • dxdiag2 dit :

      Merci Voglio : vous encouragez ma flemme.
      De toutes façon il y a forcément des moment où je me répète, vu la modestie du champ de sujets que j’ose aborder… alors parfois j’ai l’impression que certains anciens billets n’étaient pas trop mal ou plutôt disaient bien ce que j’ai envie de dire et je suis tentée de les ressortir de leur fond de blog.
      Et puis l’été , c’est les redif non ?

  10. Pangloss dit :

    On m’a appris très tôt qu’on pouvait être quelqu’un de bien sans le secours de l’Eglise, qu’on pouvait être honnête sans la peur du gendarme et qu’on pouvait être heureux sans être riche. Et même que c’était mieux.

    • dxdiag2 dit :

      Un genre de « surmoi » 😉 ? Oui, ça se faisait dans le temps, et n’avait pas que des inconvénients.
      Je pense aussi qu’il est bon d’apprendre à ne pas faire dépendre son bonheur de l’ argent mais qu’il est bien plus confortable d’en avoir un peu, au moins de quoi être libre.

  11. Georges dit :

    « qu’on pouvait être heureux sans être riche. Et même que c’était mieux. »

    Ah bon, et pourquoi donc ?

  12. Charles Robert dit :

    J’avais une grand-mère catholique de droite, pour qui j’ai beaucoup de respect et d’affection. C’était affection mais aussi, autorité, culture et bonté. Une éducation, car il n’est de cartes, qui fassent de quelqu’un un Français.


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