Les travailleurs.

livreur

Je me suis toujours particulièrement bien entendue avec les « travailleurs ».

J’ai toujours aimé discuter avec ceux avec qui on peut tailler la bavette sans avoir été d’abord présentés, ces gens qui sont directs, qui ne prennent pas de posture.

Monsieur Dixie est comme moi.

Jusqu’ici les échanges spontanés que nous avions avec les maçons, les femmes de ménage, les maraîchers, les éboueurs, les conducteurs de grue, au hasard d’un chemin croisé, variaient  aussi bien quant aux sujets abordés qu’à l’ humeur de ceux qui nous parlaient.

 

Dorénavant les travailleurs que nous rencontrons parlent encore davantage , comme si le besoin d’échanger s’était amplifié, mais désormais le discours inquiet ou désabusé est de mise, et le sujet varie peu.

Comme si ces gens  dits du peuple, en avaient si gros sur le cœur que leurs mots attendaient, tout préparés  dans une sorte de starking block, prêts à jaillir dés que  quelqu’un leur donnerait le départ. La moindre remarque que nous faisons  semble les déclencher.

Nous finissons par nous demander si notre nauséabonderie ne sourd pas.

Nous finissons par nous demander s’ils ne nous reconnaissent pas comme étant  » des leurs » par quelque alchimie.

Car ce peuple, « xénophobe » et « réactionnaire », semble chercher toute occasion pour  nous dire à quel point il ne se sent plus chez lui dans son propre pays, quelle angoisse il ressent pour ses enfants, comment l’ insupportent ces constructions de mosquées un peu partout, les pubs pour le halal, les diversités visibles si visibles, si présentes, si menaçantes.

Pas une semaine ne se passe sans que nous recueillions les inquiétudes et la colère du peuple ouvrier.

 

Il doit bien y avoir quelque chose de particulier qui passe entre tous ces travailleurs et nous, car mes amis bobos n’ont eux apparemment pas droit à pareilles confidences et semblent si stupéfaits que je rencontre tant de prolétaires malpensants que je les soupçonne de  croire que je les invente.

Moi je les crois en tout cas, mes bourgeois-de-gauche, lorsqu’ils me disent que jamais aucune caissière ni aucun maçon ni aucun employé de la voirie, ne parle de quoi que ce soit devant eux, si ce n’est du temps qu’il fait ou du temps qu’il devrait faire : en voyant ces bobos, on SAIT qu’ils sentent bien trop bon.

 

La pêche au nauséabond fonctionne pour nous par contre au quotidien, quasiment spontanée, miraculeuse en quelque sorte, chaque jour apportant sa pépite.

Ainsi hier matin alors qu’on nous livrait de l’électroménager et que nous nous étonnions que le véhicule de livraison, resté dans la rue car  trop large pour le portail ancien, soit  resté ouvert, l’un des livreurs nous répondit  :

 » Ici encore on peut. Mais je viens de la région parisienne et c’est sûr que  la bas on n’aurait pas pu laisser les portes du camion comme ça. Avec les « gens » qu’il y a maintenant on ne peut plus. J’vous l’dit, un jour on ne pourra plus les calmer à coup d’allocs, tous ces gens là, et là, on verra : ça pètera, c’est sûr ! »

« Ici encore on respire….pour le moment ».

 

Et c’est tout le temps comme ça.

Tout le temps.

Tous les travailleurs nous parlent de ça.

Mais jamais, aucun d’entre eux, pas une fois,  ne nous a dit que l’immigration avait causé la crise.

Jamais on ne les a entendu dire que « les arabes viennent bouffer le pain des français ».

Jamais on ne les a entendu dire que le chômage et  la récession étaient  imputable aux immigrés.

 

Le petit peuple de France, celui que nous rencontrons, celui que l’on n’entend pas à la télé, qui ne commente sur aucun blog, n’a PAS de bouc émissaire.

Il se contente de se lamenter de la montée de l’insécurité et de sa dépossession.

Il se lamente comme on se lamenterait de voir un paysage ravagé et un héritage qu’on souhaitait transmettre à ses enfants réduit en fumée.

 

Le petit peuple de France qui n’a pas lu Renaud Camus sait que le grand remplacement est la chose la plus grave qui lui, qui nous, arrive.

 

Publicités