Fierté onanique.

"Le grand masturbateur" Dali 1929

« Le grand masturbateur » Dali 1929

En ces temps de grand rattrapage, lors desquels la mission essentielle de nos élites semble être non pas d’assurer à tous le droit de vivre librement en assumant ses choix, mais de compenser au plus vite tout le temps soi-disant perdu  à ne pas reconnaître l’égalité de tous, pour tout, et  en toutes circonstances, un groupe me semble bel et bien oublié.

Un groupe, longtemps moqué, conspué, méprisé et moins  minoritaire que l’on ne croit,  de gens dont les choix de vie et les mœurs ont été en permanence bafoués : j’ai nommé les branleurs.

Depuis toujours considérée comme une pratique de « simple dépannage », un « pis aller », une « sexualité de second choix », la branlette n’a en effet bénéficié d’aucune réelle promotion et elle a échappé à l’essentiel des  progrès récents dans l’évolution des mœurs.

Certes nous sommes sortis de  l’époque pendant laquelle les pires condamnations de l’onanisme sévissaient : époque terrible où le branleur était menacé des pires punitions, plus ou moins divines, et où la possibilité d’une surdité précoce planait sur lui telle une epée de Damocles.

Certes le branleur n’est plus considéré comme un criminel, ni même comme un malade.

Mais est-il vraiment respecté et reconnu pour autant ?

Est -il vraiment honoré comme il le devrait ?

Rien n’est moins certain et un grand nombre de masturbateurs sont encore, aujourd’hui même , dans nos sociétés soi-disant avancées, soumis aux moqueries, qui vont du mépris larvé à l ‘insulte pure et dure.

« Va donc pauvre branleur » … est ainsi une  de ces petites phrases fréquemment lâchées, l’air de rien, et qui peuvent faire plus de mal qu’une agression physique à celui qui a choisi de s’aimer lui même et qui se voit ainsi moqué dans ses choix amoureux.

Le branleur est stigmatisé, raillé, dans toutes les langues, et j’entendais encore récemment dans une série américaine quelqu’un dire  « go and fuck yourself  » sans qu’aucune plainte ne soit déposée par aucune association de défense des droits à l’onanisme, sans même que qui que ce soit semble s’en émouvoir.

Il est temps de faire cesser cette infamie.

Il est temps de lutter pour que la branlette ne soit plus simplement tolérée, mais reconnue en tant que telle, en tant que choix de vie pour ceux qui sont auto-amoureux et souhaitent légitimement que cet amour ait droit de cité dans la cité.

Car qui y a t-il de plus fort, de plus durable, de plus essentiel, que l’amour d’une personne pour elle même ? Qui sommes nous pour affirmer  que la branlette n’est qu’une pratique de second ordre, qu’un palliatif à une vie sexuelle réellement épanouie ?

N’est-il pas temps au contraire de célébrer ceux qui ont compris qu’ils sont les plus à même de se procurer les joies des sens et qui ont fait de l’autonomie totale en la matière une sorte d’art de vivre.

A quand une reconnaissance officielle

A quand une promotion de l’autoérotisme dés la classe de maternelle ?

N’est ce pas en montrant aux très jeunes des vidéos de chiens s’activant  prestement contre un coussin, tout en leur apprenant à déchiffrer « tou-tou-se-bran-le », que le terme lui même perdra toute connotation péjorative ?

N’est ce  pas en insistant auprès des collégiens et lycéens,  à toute occasion, sur le fait que tel ou tel inventeur de génie, écrivain, poète, philosophe a vécu toute sa vie plus ou moins solitaire et s’est auto-suffit dans le domaine de la vie intime que l’on mettra fin à la stigmatisation du branleur pour enfin lui reconnaitre toute sa grandeur ?

N’est ce pas en interdisant tout propos, tout dessin, toute blague sur l’onanisme que l’on favoriserait le vivre ensemble ?

Et l’expression « épouser la Veuve Poignet » existant déjà, ne semble t-il pas temps de prévoir une cérémonie officielle lors de laquelle on  unirait la main d’un individu à une autre partie de lui même, librement choisie, sous les exclamations enthousiastes d’un public qui lancerait des pétales de roses sur l’heureux élu, tout en chantant à gorge déployée du David Guetta : in love with myself.

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