Les femmes et les enfants d’abord.

Mères méritantes, Châteauroux juin 2012

Mères méritantes, Châteauroux juin 2012

 

Cette semaine plusieurs émissions de télévision ont abordé le douloureux problème des déserts médicaux. J’ai suivi tout cela d’une oreille distraite, n’étant plus dans la partie en raison d’une sortie de jeu prématurée et volontaire, mais j’ai tout de même levé le nez du bouquin que je lisais pendant que mon mari regardait l’émission, en entendant que le reportage se déroulait dans la maison médicale d’un quartier sensible.
La vue que l’on avait de la salle d’attente permettait de constater une fois de plus que désormais quartier sensible signifie quartier musulman.
On dirait presque un jeu de mots car il semble bien difficile de croire que les musulmans pourraient dans leur ensemble être présentés comme sensibles au sens de  « affectif, compatissant, tendre, vulnérable » alors que d’autres  synonymes de « sensible » leur vont si bien (en particulier  susceptible….), passons.
Les patients qui attendaient là étaient toutes des patientes, la plupart étaient voilées, ou présentaient au moins quelques signes extérieurs évoquant une musulmanose (certains diagnostics s’envisagent à la phase de simple « observation »).
La jeune femme médecin qui les recevait était fort sympathique.
Elle était ravie pour plusieurs raisons, la première étant d’avoir trouvé une manière d’exercer en tant que salariée, ce qui lui permettait de vivre normalement en dehors des heures de bureau, la deuxième était le plaisir du contact avec la « diversité ».
En effet, expliqua t-elle ravie à la journaliste qui l’interviewait : elle avait rencontré jusqu’à 18 représentants de nationalités différentes dans la journée !
Etonnant non ?
Merveilleux en tout cas. A ses yeux du moins.
Ce qui prouve une fois de plus que la différence entre ce que voient les bien pensants et ce que nous voyons n’est pas tant liée à une différence d’acuité visuelle qu’à une question d’interprétation.
Je le sens d’autant plus qu’il n ‘y a pas si longtemps, j’aurai pu être moi même, à la place de ma consœur et quasiment aussi ravie.
Confondant moi aussi  le pays  avec un campus, un aéroport ou un camp de vacances, j’aurais pu être subjuguée par le fait que mes patients viennent tous du bout du monde et considérer que c’était plus original, et donc amusant  que de soigner les bretons et autres auvergnats que l’on connait par cœur et dont on n’attend donc aucune surprise.
Gavés du pain traditionnel de la boulangerie du village, il est si attirant d’entrer dans une boutique qui présente des dizaines de sortes de pains « du monde ».
C’est un univers entier qui  arrive ainsi sous nos fenêtres, comme pour nous distraire, nous amuser, nous sortir de notre « routine » … ou, dans le cas où nous nous mettons au service de ce « monde entier », de nous permettre de nous sentir vraiment bons au lieu de nous sentir seulement « professionnels ».
Et puis pensez : 18 nationalités ! Donc 18 variétés d’immigrés, donc 18 sortes de gens tous différents les uns des autres, in-amalgamables donc, n’ayant comme point commun sans doute que leur nouvelle identité française, si variés qu’ils ne sauraient constituer un tout, encore moins un envahisseur.
18 sortes d’immigrés, 18 sortes de « pains du monde », pour ainsi dire tous faits de la même pâte, mais présentés avec des étiquettes différentes en fonction des condiments ou des épices ajoutés et qui semblent  donc augmenter les choix, de pain ou de vie, qui nous sont proposés, alors qu’ils ne font que préparer la disparition de la baguette traditionnelle,  ou de la vie, à laquelle nous étions habitués.

Et puis, comment penser, à moins d’avoir un esprit aussi tordu que le mien, que ces  femmes avec leurs enfants, qui ne semblent pas plus présenter de danger que des naufragées aux bras chargés de nourrissons, soient la partie aimable d’une invasion qui aura notre peau et surtout surtout celle de nos propres enfants.
Les hommes étaient  si absents de ce reportage, qu’une  journaliste finit par s’interroger sur leur absence.
La question sembla gêner légèrement, puis on nous dit que cette femme médecin pratiquait entre autres la gynécologie et que le fait que ce type de médecine soit pratiquée par une femme était vu comme un avantage, à cause de certaines caractéristiques culturelles, sur lesquels personne ne s’attarda, que les consultations pédiatriques concernaient,  par tradition, là aussi, plutôt les femmes et que, ma fois, ….on passa vite à autre chose.

La réponse était pourtant si évidente : les hommes n’étaient pas là car ils étaient occupés à reconstruire la France.
Cela finit par être vrai en quelque sorte : ces  hommes nous reconstruisent effectivement une nouvelle France, pendant que nous faisons guili guili à leurs mignons gamins gazouillant dans les bras de leurs mamans….de tant d’origines si « différentes ».

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