Casting.

Les hauts de Hurlevent

1939 …………………………………………1992 ……………………………………..2012

Alors qu’ayant oublié mon lecteur d’ebooks,  je feuilletais négligemment une revue pour bonnes femmes dans un quelconque  salon d’attente, une fiche de film a attiré mon regard.
En décembre 2012, est donc sorti, apprenais-je, une nouvelle adaptation cinématographique  du célèbre roman d’Emily Bronté : les hauts de Hurlevent.
Pour transposer ce roman magnifique, qui se trouve être l’une des rares œuvres romantiques qui m’aient jamais plu, et qui je le rappelle se déroule au 19° siècle dans le nord de l’Angleterre, une réalisatrice britannique a eu l’idée de faire jouer le rôle de Heathcliff, l’enfant trouvé, l’amoureux fou, l’homme torturé par le désespoir et la haine, solitaire  ourdissant sa vengeance…  à un acteur noir.
Le but était, on le devine, de doubler la question sociale déjà présente dans le roman d’un très joli message anti-raciste.
Ce sont  « Les hauts de Hu’levan » en quelque sorte.
Bande annonce : http://www.allocine.fr/article/fichearticle_gen_carticle=18616614.html

C’est beau, les messages anti-racistes, c’est beau, mais qu’est ce que ça m’agace.
On dira que c’est du racisme.
On dira ce qu’on voudra, mais ça m’agace.
J’aurais d’ailleurs été très  agacée, aussi, que l’on fasse jouer le rôle du bel Heathcliff à un vietnamien, moi qui aime pourtant beaucoup les asiatiques, et qui du coup aurait été agacée mais d’une façon non raciste, mais je parie que ça n’est pas venu une seconde à l’idée de madame Arnold de faire jouer ce rôle à un vietnamien.
Un asiatique, ça n’aurait pas convenu au message que veut faire passer madame Arnold.
Un noir, c’est mieux.
Et si madame Arnold avait été française, elle aurait certainement hésité entre un noir et un arabe (Heathcliff repoussé de la ferme des Earnshaw parce qu’il veut faire le ramadan, ça aurait eu de l’allure je pense, ça aurait enrichi l’histoire de mademoiselle Bronté)

Le problème avec ces  petits messages antiracistes subtils qu’on nous fait passer d’une façon très délicate avec d’énormes sabots, c’est que ça m’irrite.
Et que ça m’agace d’être irritée.

J’ai donc décidé de positiver, de suivre le mouvement plutôt que de me braquer, et qui sait, de profiter de l’occasion, pour tenter une reconversion.

Et pourquoi pas une carrière de directrice de casting ? Hein ?
Parce que des idées de castings anti-racistes destinés à l’édification des foules rétives et nauséabondes mais néanmoins cinéphiles, j’en ai. Plein.

Il n’y a pas que madame Arnold.
Et puis  moi, en plus, je pense à tous les racismes, et à toutes les discriminations.
Avec moi ça sera du vrai métissage, de la vraie mondialisation qui tue.

Tiens, au hasard, je verrais volontiers :

« L’Odyssée » : avec Omar Si dans le rôle d’Ulysse et Adriana Karambeu dans celui de Pénélope : c’est le couple idéal, déjà symbole du monde nouveau, il me semble.
« Les aventures d’Hercule Poirot » avec Sami Nacery dans le rôle titre : il suffira qu’il grossisse un petit peu.
« Titanic » avec Jamel Debbouze et Mimi Matthy : et pourquoi pas, si y sèment.
« Le portrait de Dorian Gray » avec Kad Merad dans le rôle de Dorian qui reste toujours tellement beau pendant que son portrait devient laid.
Mais aussi :
« La dame aux camélias » avec Dave dans le rôle de marguerite Gautier, parce que le genre, on s’en fou du genre.
Et bien entendu  » la vie de Bouddha » avec Benoît Magimel dans le role de Siddhartha Gautama, pour habituer les gens.

Parce que je parie que ce serait bien plus efficace de tout mélanger plutôt que de se contenter de placer des noirs dans des rôles de blancs pour nous faire passer des petits messages très discrets qui se voient trop.
Entretenir la confusion telle sera ma devise.
Bon, y sont où les studios ?

ps: mais, au fait, j’y pense : On peut aussi interpréter le roman en estimant que le père Earnshaw sème  le germe de la mort et de la désolation dans sa famille le jour où il ramène et impose un  petit étranger…et si c’était un message subliminal nauséabond, en fait, cette histoire de noir ?

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A la traque de la racine des origines de la bête immonde.

Un billet triste et qui casse l’ambiance, voilà ce que je vous propose aujourd’hui.
Vous êtes prévenus. Ne venez pas vous plaindre.

Je savais que les racines du piège mortel dans lequel nous somme englués était profond.
Mais c’est une chose de le savoir et c’en est une autre de regarder le piège être mis en place,  d’assister au marquage sadique de quelques têtes blanches sur lesquelles un intervenant mielleux imprime le signe d’infamie, feignant de croire avoir déniché dans les cerveaux d’écoliers blancs la racine de l’origine du mal, de la bête immonde.
Lors d’une promenade bloguesque, je suis tombée sur une vidéo mise en ligne par Xyr qui, en plus de ses articles souvent remarquables, met des documents en haut à droite de sa page d’accueil.
Cette vidéo date des années 60.
Cette vidéo « m’a tuer ».
Car cette traque de « la racine des origines de la bête immonde » est à la racine des origines de la haine de soi.

Je ne me souviens plus bien de cette époque, parce que j’étais très petite, mais j’étais déjà née, et le noir et blanc du documentaire me rappelle la vieille télé de ma grand mère, à l’époque où j’applaudissais les yéyés en lançant un peu de purée au beurre depuis ma chaise haute.
Autant dire que les petits garçons que l’on voit là, interrogés dans le documentaire, ont pour moi quelque chose d’à la fois familier et lointain qui m’attriste, un peu comme les films avec Lino Ventura.

Vous verrez dans cette vidéo des petits enfants des années 60 qui sont invités à s’exprimer sur les races blanches et noires.
Vous verrez comme ils reconnaissent, sous la pression d’un interrogatoire doucereux mais insistant,  qu’ils sont heureux d’être blancs.
Vous verrez comme on leur fait « avouer »qu’ils ne préféreraient PAS être noirs.
Vous verrez comme ces gosses d’une dizaine d’années comprennent sans que personne ne leur explique que l’être humain a besoin, pour être heureux, de faire partie d’un groupe ET que ce sentiment de faire partie d’un groupe nécessite que le groupe lui même vous identifie en tant que membre du groupe.
Vous verrez comment ces petits blancs qui  « avouent » être heureux de leur blancheur, sont capables d’imaginer qu’au milieu des noirs, on puisse préférer être noir, prouvant qu’ils ont, déjà, la notion de relativité et les capacités de se mettre à la place de l’autre.
Vous verrez comment cela ne suffit pas à satisfaire le gentil sadique qui les accule contre le mur de leur innocence, et comme la gène est visible chez ces petits gamins qui sentent que leur réponse sincère n’est pas la bonne mais ne savent pas ce qu’ils devraient dire pour que ce soit bien.
Le petit blanc dit « j’aime mieux être blanc mais….. quand j’suis dans une école et qu’les autres sont noirs j’aime mieux être noir, s’ils étaient blancs j’aimerai mieux être blanc » et cette réponse ne suffit PAS à le dédouaner !!!
Les enfant n’ont pas BIEN répondu, la conclusion terrible tombe comme une condamnation:
« De ces déclarations candides à l’horreur de camps de la mort il n’y a pas si loin qu’on pourrait le penser ».
C’est à vomir.

J’ai d’autant plus mal supporté de voir ce spectacle, que par une sorte d’effet madeleine-de-Proust, une petite anecdote oubliée de mon enfance m’est revenue :
Lorsque j’avais cinq ans mes parents profs, ont pendant quelques semaines envisagés un départ en « coopération ». Pour m’y préparer ils m’avaient parlé de l’Afrique et je me souviens du moment de panique que j’ai eu.
J’ai demandé si mes camarades de classe seraient tous noirs et on m’a dit que oui
J’ai demandé si la maitresse aussi serait noire, et on m’a dit que oui.
Mais alors, alors….tout le monde va me trouver moche,  ai je pleuré. (oui, c’est des trucs de fille, je sais).

J’étais déjà dans l’empire du mal….
Alors vous comprendrez bien que les petits garçons de cette vidéo sont mes frères.

Cette vidéo est horrible.

Le pire du pire étant que  dorénavant les petits blancs savent sans doute ce qu’il faut répondre.
Ils connaissent la seule formulation qui peut  satisfaire ceux qui les interrogent, la seule réponse que des salauds attendent au prétexte qu’alors, ils auront réussit à déraciner la bête,  et que je suis si triste de voir que parfois ils obtiennent :
« je suis blanc et je regrette de l’être parce que les blancs sont des ordures. »

Accrochez vous :